Animal Crossing, qu’en reste-t-il un an après ?

Publié par Tengu_1Q84 le 4 mai 2021 dans Opinions
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Phénomène vidéoludique de cette dernière année, profitant d’une situation française et mondiale jamais vue, Animal Crossing est le phénomène culturel de la pandémie. En cette période où notre cerveau a bien besoin de se rassurer avec des choses “kawaï”, “cute”, “mignonne” eh ben le jeu tombait à pique. Pourquoi ça marche ? Notre cerveau est programmer pour aimer les bonnes bouilles de bébés. Une grosse tête sur un petit corps avec des gros yeux tout mimi ? Des yeux attendrissants sur un sushi ou sur mignon petit caca ? C’est trop choupi… D’après le Konrad Lorenz ce n’est pas un hasard, notre cerveau se liquéfie naturellement face à la “mignonitude” (c’est un mot inventé ne cherchez pas). L’ethnologue appelle cela le “Kindschenscema”. Enfin bon ! On est pas là pour parler psychologie, mais plutôt voir ce qu’il me reste personnellement de ce jeu un peu plus d’un an après ça sortie.

Prenez une boisson chaude et un plaid (pour le moral je vous rappelle qu’on est en mai) et après un petit tour du propriétaire, je vous parle de ce qu’il me reste d’Animal Crossing New Horizons un an après !

Le 20 mars 2020, une semaine après l’annonce de l’obligation de rester chez soi en France, Nintendo lance une bombe rose pastel enrobée de musique chill et peuplée d’animaux. C’est la déflagration au Japon puisque le titre va simplement devenir le meilleur lancement d’un jeu Nintendo avec 1,88 million de ventes en première semaine sans compter les dématérialisées, passant même devant le duo Pokémon Noir et Blanc : c’est dire l’engouement autour du jeu !

Sorti pour la première fois sur N64 au Japon et sur GameCube dans nos contrées en 2004, Animal crossing comme on le connaît en Occident, était un titre particulièrement intriguant. 

Dans les magazines de l’époque on pouvait voir un homme d’affaires en pleine réunion, en train de s’inquiéter de devoir allumer le phare à 16h. Car la grande particularité du titre pour l’époque c’est le déroulement du jeu en temps réel, vraiment en temps réel, puisque l’heure dans le jeu correspondait à l’heure enregistrée dans les paramètres de la console.  

Assis dans le train à destination de notre nouvelle vie dans la ville peuplée d’animaux, Charly le chat nous questionne sur nos caractéristiques, anniversaire, sexe, particularités. Le bougre est bien curieux. Enfin nous débarquons dans notre nouveau lieu de villégiature où nous faisons rapidement la rencontre du – aujourd’hui célèbre – propriétaire de la boutique et des maisons du coin, Tom Nook. 

La douce vie, la liberté, le plaisir de flâner au milieu des cerisiers en fleur n’est qu’un doux rêve. En effet le Tanuki nous propose un logement mais bien sûr, moyennant finance. Pour le rembourser, il faudra bosser, bosser, encore bosser pour ce raton laveur voleur, pardon, raton laveur patron capitaliste. Car oui, si on nous laisse le choix de développer notre ville ou non, il faudra, pour voir venir de nouveaux habitants, et voir notre ville se développer, engranger les clochettes et améliorer l’endroit.

Il s’agit en fait d’un jeu de maison de poupée, avec des personnages mignons comme des Sylvanians, mais un peu énervants par moment.

Vingt ans plus tard la recette est toujours la même, mais bien entendu, avec le passage des versions DS « Wild World »,  WII « City Folks » et des deux versions 3DS « New Leaf » et « Happy Home designer », on a droit à de profonds changements et de grandes innovations depuis le titre original. A la façon d’un Tamagoshi, il faudra revenir tous les jours dans le jeu pour bien s’occuper de notre petit monde, accueillir les nouveaux venus et entretenir les pelouses.


Faisons à présent un petit tour d’horizon de cette version Switch qui se nomme « Animal Crossing New Horizons » justement.

Un système bien rodé.

Depuis ses seize années d’existence, la formule de fond du jeu reste la même : Petit humain ou un truc qui ressemble, le joueur, débarque dans un village peu peuplé pour y trouver le calme et le repos. Avant de poser le pied dans ce jardin d’Eden, il faudra discuter avec un représentant du coin, soit dans un train, un taxi ou un bus. En 2020, c’est à l’aéroport qu’il faudra montrer patte blanche. Nom du personnage, sexe, rapides caractéristiques physiques se décident au moment de l’embarquement vers une île déserte perdue au milieu de l’océan, une nouvelle formule de voyage signée Tom Nook.

L’agence de voyage Tom Nook est là pour vous (as)servir.

Sur place, tout n’est que luxe, calme et clochettes à rembourser. Arrivé avec deux autres aventuriers, vous êtes accueilli par Tom, Méli et Mélo qui vous proposent de vous installer sous votre tente, comme le feront les deux personnages anthropomorphes qui vous accompagnent. Inutile de vous dire de qui il s’agit puisque ces deux autres arrivent avec vous de façon aléatoire. 

Bonjour donc, veaux, vaches, cochons, couvées, coquillages et crustacés sur la plage ensoleillée.

Après quelques commandes de Tom Nook qui servent de didacticiel et seront essentielles pour les nouveaux joueurs qui découvrent les principes du jeu, le raton laveur vous proposera directement de troquer votre tente pour coloniser pour la première fois la modeste terre promise, quatre murs et un toit.

Enfin, troquer n’est pas le bon terme, il vous propose un prêt à zéro pour cent, remboursable quand bon vous semble, et à votre rythme. Pour amasser des clochettes et rembourser l’animal, vous pourrez revendre le fruit de votre travail.

Si dans les précédents opus, il s’agissait principalement de pêche et de cueillette, cette fois vous pourrez également trouver des matériaux qu’il sera possible de transformer à l’aide de l’atelier situé à l’agence des résidents en début de partie. 

Par la suite vous pourrez vous même installer un atelier dans votre maison ou dans votre jardin.

Oui, dans le jardin. Pour la première fois il est possible de placer et décorer soi-même les extérieurs avec des objets qui s’installent initialement à l’intérieur. Vous l’aurez compris, il s’agit d’étendre le terrain de jeu au-delà des murs de sa maison. On retrouve ainsi des éléments bienvenus de Happy Home Designer qui consistait à décorer les maisons des habitants plutôt qu’à réaliser des tâches rébarbatives pour acheter des objets dont on ne pouvait pas disposer librement sur l’ensemble du terrain de jeu. 

Cela dit, vous voici à la merci des Tanukis. Une fois le doigt dans l’engrenage, difficile de se passer de leur services. Si vous souhaitez voir s’agrandir le nombre de vos amis à fourrure ou à plumes, si vous voulez profiter du musée ou encore des boutiques, il faudra se soumettre aux différentes activités proposées sur l’île.

Très chasse, très pêche avec Valérie Tanouki.

Vous voilà donc chasseur, d’insectes ou de fossiles, cueilleur, de fruits, de fleurs ou d’œufs de pâques et aussi bricoleur, décorateur. En fait, vous ferez tous les boulots qui font avancer l’île et qui vont permettre à ce cher Tom de s’en mettre plein les fouilles. 

Les activités sont nombreuses, trouver du bois, du minerai, bricoler des articles, parler à ses voisins, customiser ses créations, décorer l’intérieur et l’extérieur de la maison, collectionner les fossiles, insectes, poissons et décorations saisonnières et j’en passe. La décoration saisonnière est vraiment l’un des points intéressants de ce jeu. 

Ce dernier est émaillé de multiples fêtes et activités en fonction des actualités calendaires du moment. Si à Pâques, il est possible de réaliser une chasse aux œufs et de récupérer des plans d’objets en forme d’oeufs pastel pour agrémenter sa maison ou son île, on est en droit d’attendre le même traitement pour chaque fête de l’année et c’est vraisemblablement l’un des gros point-forts de la série qui se met à jour au fil des saisons. 

Un point très fort même, car il faut bien l’admettre les actions à réaliser peuvent vite devenir répétitives.

Un rythme de jeu au jour le jour.

Les longues sessions de jeux peuvent vite devenir lassantes, surtout que « Animal Crossing New Horizons », n’offre que des ressources limitées dans la journée. Il faudra alors attendre le lendemain pour trouver les matériaux qui nous manquent ou alors dépenser des Miles chez Tom Nook pour visiter des îles désertes. Là, il sera, comme tout bon capitaliste, possible de piller le rocher, en le dévalisant de ses fleurs, ressources en bois, minerais, insectes, fruits, ou poissons, en remplissant ses poches autant qu’elles le permettent. Bref nous voilà devenu pire que les (suite de la chanson de Didier Super, je vous laisse découvrir pas vous-même). On préférera donc des sessions plus courtes mais régulières pour ne pas lâcher l’affaire au bout de trois jours.

Pour les petits comme pour les grands, ACNH offre un bon échappatoire dans notre période curieuse, qui finalement est devenu notre quotidien depuis un an. Il nous permettra de nous évader sur une île lointaine tout en n’oubliant pas de nous rappeler que le travail c’est la santé, au moins la santé financière et aussi un peu la liberté, selon de vieux démons.

D’ailleurs gardons à l’esprit, que le travail n’a que deux objectifs : assouvir les besoins primaires et le loisir. Il est donc normal, si l’on veut s’amuser dans le jeu, de bosser dur pour s’offrir les plus beaux meubles et la plus grande maison. 

Mais on peut aussi choisir de ne rien faire, de se promener, de ramasser quelques coquillages et de parler à ses voisins tout en profitant du temps qui passe et du fil des saisons. 

Si vous cherchez des sensations fortes et des blastes frénétiques, il y a Doom Eternal qui est le total opposé de Animal Crossing New Horizons, et qui est sorti le même jour. Cela dit les deux jeux ne sont pas incompatibles et peuvent très bien faire partie d’une même ludothèque comme le yin côtoie le yang dans le taijitu. 

Il faut toutefois comprendre que ce n’est pas un jeu comme les autres, qu’il a un rythme bien particulier et qu’il peut vite être agaçant. Pourtant, on y retourne volontiers chaque jour pour rencontrer de nouveaux amis, les nouvelles possibilités, et parce que quand même, terminer une collection dans le musée c’est tellement satisfaisant.

Pour les papas, les mamans, les enfants, filles ou garçons, chats, chiens et albatros, tout le monde peut y trouver son compte d’autant qu’il est possible de rejoindre les amis irl sur leur île dans le jeu. Là aussi, chacun l’appréciera à sa manière en “todo solo” ou avec des amis, des frères et  sœurs, ce sera le bonheur.

On pourra donc vivre le jeu, comme dans la vie, chacun sa route, chacun son chemin. (Depuis notre Tonton David roots, reggae, ragga nous a quitté. Alors que ce soit à la ville ou bien à la campagne spéciale dédicace à tous les sounds boys dans les parages, ne les testez pas malheureux il va y avoir de la casse. Animal Crossing au micro sur le riddim très très relax.)

Et un an plus tard, que reste-t-il des nouveaux horizons de la forêt des animaux ?

Jeu ultime du confinement, symbole d’un marketing devenu fou, une pandémie créée de toute pièce pour accueillir Animal Crossing New Horizons, j’ai lu ça sur un tweet de Média Avenir c’est dire le sérieux de mes recherches (N.B : Attention ! Ceci est une blague, sauf pour Média Avenir, c’est vraiment tout pourri.) et 31,8 millions de copies physiques et démat vendues depuis mars 2020 et bien plus encore quand vous lirez ces lignes, la folie Animal crossing ne s’est pas calmée.

Mais toi ? Oui, toi qui lis ceci y as tu joué depuis juillet dernier ? Es-tu parti.e chercher les noeufs de Pâques ou simplement rangé toute ta déco de Malloween ? Mmm, alors ? Petit tour du propriétaire de ce qu’il reste du phénomène Animal Crossing un an plus tard.

Alors oui, pour Nintendo, il reste du pognon, du fric et des courbes de bénéfice qui grimpent de façon indécente. Je dois bien le dire, ça a été aussi un peu grâce à moi.

Je devais récupérer tranquillement un jeu physique et la Switch collector à Micromania pour mes filles, sauf qu’il y a un an tout fermait et ça allait devenir un parcours du combattant pour mettre la main sur le graal du passe temps de la “Famille Heureuse”. 

Finalement, une version demat pour l’une et une Switch version Animal Crossing , et la version physique pour moi plus tard, j’ai démarré le plaisir du camping dans la forêt… sur une île… dans une tente. 

Puis le raton laveur m’explique que cette maison est à vendre comme vous le savez , il est, il se présente agent immobilier. Que l’île est hantée, c’est vrai de gentils fantômes, de monstres et de dragons. Oui, alors vous allez rire, mais ça c’est moi qui ai mis une statue géante du Godzilla dans mon jardin en attendant de la confronter à un mecha qui finalement jamais ne viendra.

Un an après mon île c’est un peu le désert, des terrains en friche, la cabane c’est dommage est à l’abandon, la tente de mon fils toujours au même endroit dans le même état n’a pas évolué. Seuls les fruits récupérés chez mes filles ont donné de beaux arbres le temps de me faire de la tune. 

Dans mon jardin, à côté de l’épouvantail à tête de citrouille, les cucurbitacés s’entassent. Un tas de Smashing Pumpkins de toutes les couleurs, près de la charrette et des décorations qui annoncent la fin de l’automne, sauf que voilà nous sommes au printemps et il faut bien le dire, ça fait un peu désordre. 

Halloween en mai. Je ne me laisserai pas guider par les dictâtes de la normalisation du temps. Enfin juste pour mon anniv, j’aime les cadeaux et Nöel aussi du coup…

Alors là clairement les habitants me font la gueule, ma date Rosie une petite chatte bleue est contente de me voir mais s’inquiète de ma longue absence. J’avais mis tellement de cœur à en faire ma pineco, lui offrant des robes, chaussures et autres petits ameublement dont je voulais me débarrasser.

Mon date. Toujours là pour un moment d’harmonie avec la nature… dans mon lit.. sous la couette, laSwitch en main.

Enfin ça c’est ce dont je me souviens. Je vais quand même retourner sur mon île pour finir ce paragraphe. 

1 heure 20 de mise à jour !!! Bon ben petite pause. Finalement c’est allé plus vite que ça.

Ça y est Marie me raconte sa vie, et Ralf me dit bonjour. Ralf ?! mais t’es qui toi ? Ah oui voilà on se connait pas. Tu abandonnes ton île cinq mois et bim! de nouveaux habitants. Un tigre blanc, je pardonne, c’est classe. Avec l’effet halo ça sublime mon île.

Tant de profondeur philosophique, ça fait réfléchir “comme même”.

Bon il ne faut pas se leurrer, la vérité c’est que je n’ai quasiment plus joué au jeu depuis un moment, je n’ai même pas terraformé ma place. Ma plus jeune fille, elle a construit un monde au moins trois fois déjà en appliquant les astuces des très (trop) nombreux sites, videos, et autres comptes Istagram qui te dégoûtent de ton village de campagne, comparé au mini modélisation du Royaume d’Hyrule, de Venise ou de la vallée des Moomins. Ma seconde fille qui avait volontairement choisi de passer dans l’autre hémisphère, est devenue la simple gardienne d’un objet collector qui prend la poussière dans sa chambre.

Comme on laisse derrière soi ses personnages Gi Joe ou ses poupées Monster High, Animal Crossing ressemble aux maisonnettes laissées à l’abandon dans le fond du grenier, attendant que les générations suivantes rouvrent les portes du temps. 

Pourtant il y a bien une chose qui m’accompagne régulièrement, qui m’aide à me concentrer et à me détendre :  la musique de jeu. 

Une bossa chill et bien inspirée, qui me permet de m’évader et de laisser flâner mon esprit et mon imagination au gré des notes jazzy et des chants en yaourt des habitants de l’île. 

Animal crossing est incontestablement un phénomène, les mises à jour régulières en fonction des saisons et les partenariats comme celui avec Sanrio permettent encore de lever un sourcil de temps à autre. 

Les moments de blues ou les phases de décompression m’amènent aussi de temps à autre à jeter un œil à la tranquillité de l’île et à sa nostalgie.

Un jeu détente donc, un jeu doudou qui, quand tu prends la brutalité du monde en pleine poire, te sert de safe room émotionnelle où les échanges de banalités, les pouet-pouet des habitants et le clapot des vagues te permettent de faire le vide. 

Un vide qui, il faut bien se l’avouer, se rapproche de l’intérêt que je porte jour après jour au jeu. 

Un jeu que finalement j’ai laissé derrière moi comme j’ai laissé dans un coin de ma mémoire les peluches de mon enfance, agréable souvenir mélancolique et miettes tendres d’un temps passé qui réchauffe le coeur mais qui n’est finalement qu’un sentiment fugace et fragile comme l’écume de ma mémoire.

Au commencement était le verbe… et le sépia pour dire que c’était il y a longtemps, un an, un siècle, une éternité…

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