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[Coup de gueule] La fermeture du Pixel Museum a rendu le joueur que je suis, mauvais comme Kratos

Pas content ! Pas content ! Pas content !

Voilà, c’est officiel, le premier musée dédié aux jeux vidéo en France met la clé sous la porte. Comme beaucoup de musées, le nerf de la guerre a fait défaut, et comme beaucoup d’œuvres artistiques, elle n’a pas eu le temps de persister. La culture vidéoludique n’est pas encore entre les mains des milieux de la finance (quoique...), et si l’industrie produit des centaines de titres chaque jour, ce n’est pas seulement l’objet physique que le Pixel Museum mettait à l’honneur, mais bien l’objet culturel.


Alors, pas mûr notre médium ? Si l’on veut. Mais pas encore assez représenté ni par des classes politiques, ni par des détenteurs de pognon, ça c’est sûr.


Car oui, il y a fort à parier qu’avec un million d’euro pour acheter les locaux, ou qu’avec un Mécène qui souhaite défiscaliser, le Pixel Museum aurait pu être sauvé. Mais voilà, la crise du COVID n’aidant pas, et alors que l’épée de Damoclès surplombait déjà depuis quelques mois les finances des propriétaires, le couperet est tombé entraînant avec lui des salariés et des fans passionnés, déçus et fâchés.

La vie est dure, no future ?


Mouaih, si on ne soutient pas au moins trois ans un projet comme celui-ci, le temps pour lui de s’installer dans le paysage culturel français, surtout dans les circonstances que l’on connaît, c’est que l’on n’en a clairement rien à secouer. On refera un truc du genre dans soixante-dix ans, quand les nostalgiques auront un peu d’argent. L'aficionado regardera avec une larme à l’œil la console sur laquelle il a fait ses débuts, la Play 3 ou la Xbox 360, et comme la marque aura disparu ça deviendra un objet de valeur. Mais pas de valeur affective ou culturelle, de la « vraie » valeur, transformable en monnaie sonnante et trébuchante par les spéculateurs qui, comme aujourd’hui, achètent un tirage original de Tintin ou une planche de Moebius, mais pas pour l’art en soit, pour sa valeur. « Tu verras dans vingt ans ça vaudra un maximum de fric. »


Enfin, je vous fais pas le topo sur la relation de l’art à la bourgeoisie, pour cela il y a « Le nouvel esprit du capitalisme » de Eve Chiappelo et Luc Boltanski ou alors pour les moins férus de lecture, il y a la scène de la toile dans « Intouchables ». Comment faire de l’argent à partir de rien et uniquement grâce à la spéculation.

Mais nous n’en sommes pas là, le medium est trop récent trop neuf, trop versatile, trop politique même diront certains. Eh oui, ma foi, c’est surement le cas.


Mais ce médium est aussi le reflet d’une génération qui a son mode d’expression, qui a grandi avec les créations sur YouTube ou encore des podcasts qui, d’un petit village de France ou du Canada, peut transporter une vision, des idées, des concepts à travers le monde. C’est un medium en phase avec son époque.

Alors, oui, il est évident qu’il ne trouve pas encore écho chez tout le monde, en tous cas pas chez ceux qui détiennent le pouvoir.

Aujourd’hui le jeu vidéo est clairement polémique. Il est en majeure partie, pour le grand public relayé par les « anciens » médias qui ne veulent pas perdre leurs parts de marché. Plus de temps devant un jeu, c’est moins de temps devant TFI, RMC ou W9 pour ne citer que les pires. Du coup quand on parle de jeux vidéo à la télévision, mais aussi dans les journaux, c’est souvent pour aborder l’aspect financier des tournois eSport : Ok Boomer ! Merci pour la vision artistique du sujet, ou alors pour expliquer que le jeu vidéo est un gouffre intellectuel pour les jeunes générations.


Oui, être planté devant un écran, c’est moins de temps avec un bouquin en main et les apports du jeu vidéo sur les apprentissages sont plus que discutables, il y a très peu d’acquisition que l’on peut transposer dans la vie courante, mais il faut aussi le prendre pour ce qu’il est : un loisir.


Pourtant la lecture de roman en son temps était également perçue comme une perte de temps, la musique autre que la musique classique était une hérésie à certains moments de l’histoire.


Bref, les objets culturels font leur temps et ce n’est pas toujours dans les formats grand public que l’on trouve les créations les plus exceptionnelles.


Si l’on parle du jeu vidéo sans aborder la question du « à quoi tu joues ? », c’est comme tronquer la question du cinéma en ne parlant que des blockbusters américains et des films d’actions. Pourtant personne ne peut nier que l’on trouve des films exceptionnels, qui portent des messages intemporels sur la condition humaine et le film devient alors un témoin de son époque. Personne ne remet en cause, les musées du cinéma, les musées du jouet, ni même les musées colonialistes où l’on expose des œuvres volées aux autochtones et exposées dans les pays envahisseurs.


Pourquoi ? Car un musée est un témoignage, c’est la considération d’une culture, d’une époque, d’une façon de penser. Alors, pour les joueurs passionnés, comment prendre ce choix politique si ce n’est par la lorgnette du déni, du mépris, de la suffisance.


Ne pas soutenir le projet du Pixel Museum, c’est ne pas soutenir un public nombreux, international et dithyrambique quand on lit le livre d’or. Ne pas soutenir le projet du Pixel Museum, c’est ne pas reconnaître l’existence hétéroclite de millions de passionnés, de créateurs, d’artistes du pixel, c’est faire un pied de nez à une génération qui conçoit l’objet jeu vidéo non pas uniquement comme un jouet, mais comme une œuvre culturelle à part entière, qui croit, qui mûrit, qui prend en cohérence au fil des analyses et des nombreux écrits qui sortent régulièrement en France, et qui prend du sens au travers d’explications de sa conception sur le net.

Le jeu vidéo est à la croisée des chemins, il s’inspire du cinéma, vit par les propos des œuvres littéraires passées, se transcende grâce à des créations musicales qui emportent les joueurs au point de remplir des salles de concert lors des événements symphoniques et grandit avec les sujets de société contemporains.


Ne pas soutenir aujourd’hui le projet du Pixel Museum, c’est ne pas comprendre son époque, c’est se réveiller dans dix ans en regrettant l’or que l’on avait entre les doigts pour donner une notoriété à sa ville, son département, sa région, c’est passer à côté de toute une génération et des gens qui y vivent.

Mais une chose est certaine, si le lieu n’est plus, le Pixel Museum aura construit les fondations de la reconnaissance de passionnés qui n’en resteront pas là. Nous continuerons à échanger, à discuter, à critiquer notre medium favori. Nous allons chercher à partager le plus possible les sensations d’une game en coop, le plaisir de parcourir les paysages de Fumito Ueda, nous continuerons à rendre hommage au génie créatif de Michael Ancel, à l’esprit fécond de la développeuse du Dimanche, nous écouterons religieusement les analyses pertinentes des auteurs de Games Next Door.


Je n’occulte pas non plus les problèmes de comportement sur les jeux en ligne ou les forums. Ou encore, les remarques sexistes des gamers sur les réseaux sociaux, mais c’était ça aussi le projet du Pixel Museum, montrer que le jeu vidéo ne résume pas à ces quelques tristes représentants.

Nous joueurs et passionnés, nous continuerons à veiller à ce que cette vision se propage, et pas uniquement pour nous et notre communauté, mais pour laisser à d’autres la possibilités de vivre de grands moments d’émotion au détours d’un tournoi, d’une convention, en terminant au bout de l’abnégation un titre FromSoftware, en lâchant une larme à la fin de « Gris » ou encore en conscientisant le sort d’une réfugiée dans « Bury me my love ».

Le jeu vidéo aujourd’hui est bien juridiquement le dixième art et il a la force de réunir Calliope, Clio, Erato, Euterpe, Melpomène, Thalie et Uranie dans le même espace.

La nouvelle, nous a donc bien mis mauvais comme Kratos, et comme lui, nous ne lâcherons rien.


À bientôt donc, car nous allons tout faire, nous passionnés, pour que la fermeture du Pixel Musuem ne soit pas l’Omega du jeu vidéo en Alsace mais bien l’Alpha d’une aventure inoubliable.


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