Shin Megami Tensei : L’enfer c’est les autres, mais surtout cette licence quand même beaucoup aussi.

Publié par Tengu_1Q84 le 2 novembre 2021 dans Général
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Ne nous voilons pas la face, cela fait des mois que je parle d’écrire un article sur la série apocalyptico-dramatique Shin Megami Tensei.

Je l’avais déjà évoquée dans un précédent article qui traitait de quelques séries de J-Rpg sur 3ds quand celle-ci n’était déjà plus à la mode. Depuis, on a vu ressurgir Bravely Default ainsi que SMT Nocturne et l’on voit poindre bientôt l’arrivée du cinquième épisode de la franchise.

Alors soyons clair, depuis cette époque, une chose majeure a changé, c’est l’arrivée d’un livre incroyablement complet qui touche à la perfection tant il est agréable à lire et à parcourir : “LA SAGA SHIN MEGAMI TENSEI”.

Aucun raccourci n’y est toléré et l’ouvrage de Ludovic Castro se permet même des ellipses bienvenues pour aborder l’histoire et la mystique de démons ancrés dans des civilisations pré-christianisme voire pré-judaïsme. Son analyse et son explication des philosophies religieuses peuvent paraître concises pour des théologiens aguerris, mais restent de très bonne facture et permettent d’éclairer les ténèbres de l’ignorance de l’esprit candide du néophyte que nous sommes.

L’ouvrage devient même un essentiel pour comprendre les tenants et les aboutissants d’une série qui voit sa notoriété grandir après le succès planétaire de son spin-off Persona, surtout Persona V, ainsi que l’ajout d’un mode facile rendant le périple au milieu des démons plus accessible.

Gageons que le nouvel opus de Atlus trouvera preneur parmi les fans des voleurs fantômes, mais attention le voyage se fera à leurs risques et périls.

La franchise a toujours été intransigeante depuis ses débuts et s’adresse à un public averti. L’interface est rude, les musiques angoissantes, l’univers torturé et les propos s’étendent bien au-delà du bien et du mal entre religion, syncrétisme, et philosophie. 

Léa passion démon : la création.

Je ne vais pas vous faire un historique de la naissance de la série. Premièrement parce que ce serait trop long, et deuxièmement parce que Ludovic Castro le fait parfaitement bien dans son œuvre.

Toutefois pour comprendre les fondements de Shin Megami Tensei, il faut passer quelques points de repère.

Dans les années 80 Aya Nishitani, féru d’informatique et de sciences occultes, écrit un roman épisodique dans lequel un lycéen tente de créer un programme d’invocation de démon. Après s’être fait humilier en pleine classe, ce dernier décide de se venger en tuant ses bourreaux à l’aide de son programme.

Tadam cela fonctionne ! Les démons enfermés depuis une éternité décident de reprendre leur place dans le monde. Ils s’approprient le corps des humains pour y parvenir et déclenchent une nouvelle guerre entre l’ordre et le chaos. 

Il faut bien avoir en tête cette notion car elle est fondamentale dans la série. Il ne s’agit pas de bien ou de mal, mais bien d’ordre et de chaos, prêts à tout pour prendre le pouvoir, dont bien évidemment à sacrifier cette entité insignifiante qu’est l’être humain.

Voilà ! Les fondements de la saga sont posés, et alors qu’Atlus cherche à créer un RPG pour concurrencer les Dragon Quest et autre Final Fantasy, les keupons alternatifs du studio décident de se tourner vers l’œuvre de Aya Nishitani pour alimenter leur projet.

Si le but est de créer un rpg, les mécaniques vont être un peu différentes de ce que l’on connaît. En effet, le héros, pour arriver à ses fins, ne devra pas uniquement détruire ses adversaires, mais aussi négocier avec eux pour récupérer de l’argent, des ressources ou encore, et nous touchons là au cœur du gameplay, pour les faire rejoindre le groupe et combattre à ses côtés.

Vous l’aurez compris, comme pour les jeux inspirés de H.P.Lovecraft, la série Shin Megami Tensei s’inscrit directement dans un lore foisonnant. La différence c’est que l’histoire est encore en construction et que les œuvres littéraires et vidéo-ludiques vont se compléter mutuellement et s’enrichir les unes les autres.

Des mondes et merveilles.

La naissance des démons n’est pas due au hasard. Il est intéressant de constater lorsque l’on s’intéresse à l’occultisme et à la démonologie, que bien souvent ces êtres torturés doivent faire avec une double personnalité. 

Cette ambivalence est due, bien sûr, à leur nature imparfaite et proche de la nature humaine, mais également, et c’est moins glorieux, à une volonté de déconstruire ou décrédibiliser une religion par rapport à une autre. Si l’on prend pour exemple la naissance des démons du Moyen-Orient, on se rend compte qu’ils avaient une place tout à fait honorable dans les civilisations pré-monothéistes.

Ainsi, pour accentuer la grandeur du dieu unique on va transformer des entités qui avaient toutes leur place dans le quotidien en de terribles démons vils et méchants. Une espèce de déclassification pour faire reluire la réputation d’un seul. Une sorte de création de fake news pour nuire à la réputation de ces derniers. 

C’est ainsi qu’avec le développement des religions et au gré des mélanges culturels, certains dieux vont avoir des personnalités multiples, des personnalités qui serviront au mieux la culture et la religion dominante. 

Vous l’aurez compris le propos de la religion n’est pas uniquement celui de croire ou non, de paradis ou d’enfer, mais bien de pouvoir.

Nous revoilà arrivés à la notion clé de toute la saga, l’ordre et le chaos.

Dans le premier cas nous avons à faire à l’idée de l’ordre, du respect de la loi en faveur d’un dieu unique dominateur et intransigeant qui pour dominer impose ses règles. Dans le second cas, il s’agit de défendre l’idée de liberté, du libre arbitre poussé à l’extrême où chaque individu est maître de son destin; dusse-t-il être aux dépens des autres. Dans le premier cas une pensée unique et dominatrice pour maintenir une société qui sert celui ou celle au sommet de la hiérarchie et le second un individualisme poussé à l’extrême. Les deux notions font fi du bien et du mal. Qu’importe les méthodes le but ultime est d’imposer sa vision du monde et de dominer son adversaire.

Dès les premiers épisodes de la série, le joueur fera des choix qui tendront vers l’une ou l’autre des notions. Cela permettra de rallier à soi différents types de démons.

Le bestiaire, vous l’aurez compris, joue un rôle primordial dans le déroulement du jeu. Le design de ces derniers va être imaginé par celui que l’on surnommait plus tard le Demon painter, Kazuma Kaneka. 

Pour trouver son inspiration, il fera des recherches sur les fondements des différents démons, anges, dieux pour trouver une imagerie fidèle aux représentations anciennes les plus proches de la vision originelle de l’entité. 

Le bestiaire est colossal et s’enrichit au fur et à mesure des épisodes.

FUUUUUUUSION !

Contemplation, négociation, fusion. Dans SMT les cultures cohabitent, les philosophies dominent, les religions dirigent et les démons se dévorent. 

Pour faire grandir l’équipe de démons qui nous accompagne, on peut négocier, comme évoqué précédemment, mais on peut aussi fusionner. 

Inspiré de la série Devil man créée par Go Nagai, papa de Grendizer (Goldorak sous nos latitudes), où les démons se dévorent pour absorber les pouvoirs de l’adversaire, le système de fusion permet de créer et de contrôler des démons avec un niveau inférieur ou égal au nôtre. Oui ! tu as raison ! Jeune initié, comme dans Dragon Quest Monster pour les fusions et comme dans Pokémon pour la maîtrise des ordres. Mais il ne faut pas se tromper, c’est bien dans la série SMT que ces mécaniques de gameplay ont vu le jour.  

Une autre notion de gameplay importante qui ressemble à Pokemon est celle d”attaques par faiblesse. 

Chaque démon possède une ou plusieurs faiblesses, une ou plusieurs résistances et des attributs neutres. Si l’on attaque un adversaire en utilisant une de ses faiblesses nous gagnons un tour d’attaques supplémentaires, si nous l’attaquons avec un attribut neutre, le tour s’écoule normalement, mais si nous l’attaquons avec sa résistance c’est tout notre tour d’attaque qui peut y passer. Alors non ! On ne joue pas à Shin Magami Tensei d’un seul oeil en pianotant sur la touche A. Car même avec un gros niveau, une série d’attaques sur vos faiblesses vous enverra directement au cimetière, au paradis  ou en enfer ou dans une dimension au-delà de l’espace et du temps.

La stratégie est donc au cœur d’un jeu déjà extrêmement complexe par son lore et son propos.

Téma la taille des thématiques ! (On se calme j’ai rien trouvé de mieux.)

Ancrées dans son époque, dans un Japon apocalyptique, les thématiques abordées par la série font écho à des considérations philosophiques, religieuses ou politiques rarement abordées dans le J-RPG. 

Ces trois notions fondent le triptyque des modes de domination, des Hommes sur les Hommes. Il s’agit de diffuser des idées afin d’avoir une influence sur la vie en société. 

La série Persona va plutôt cibler la psychologie individuelle et son impact sur la société. Les masques que l’on se crée et les représentations que l’on a de nous-mêmes sont personnifiés par les Persona (Merci Carl Gustav Jung).

A l’inverse, Shinmegaten va poser des thématiques sociétales dominées par des idées qui dépassent les êtres humains, qui sont représentées par la personnification en anges, démons ou dieux et qui permettent d’expliquer l’illusion du libre arbitre (Merci Friedrich Nietzsche).

Mais s’il ne s’agissait que de cela, ça serait bien trop facile.

Shin Megami Tensei signifie littéralement « la véritable réincarnation de la déesse ». Ce nom fait appel à la notion de cycle de réincarnation et donc à la possibilité de reconstruire une structure détruite. A nous de choisir l’orientation vers l’ordre ou le chaos. Il s’agit par là-même d’aborder la notion de résilience d’une société après une Apocalypse. 

Cette notion va rejoindre l’idée de connaissance du monde et de lever l’illusion dans laquelle vit l’humanité au travers des religions et de la politique.

Apocalypse signifiant « lever le voile », il faudra chercher à donner une cohérence à l’humanité en toute connaissance de cause. 

Mais les Hommes ont rarement accès à ce savoir, pour la plupart des héros ceux sont des entités divines réincarnées dans des humains ou qui pactisent avec les hommes. 

Tout porte à croire que dans le cinquième épisode de la saga, le héros prend conscience de l’illusion dans laquelle vit l’humanité, un monde dominé par les démons et qu’il va s’associer à un démon pour dévoiler la réalité du monde aux yeux des humains. Cette thématique est présente depuis le premier épisode en 1992 et si elle vous rappelle quelque chose c’est surement que vous avez regardé au moins un film de la trilogie des Wachowski.

En plus de cela la saga va aborder la situation du Japon Après-guerre, la chute de l’empire, la notion de liberté, la remise en cause de la vérité unique, la question des sectes, le malaise social, la crise écologique, le nationalisme et si vous souhaitez avoir d’autres exemples de thèmes abordés dans les jeux je vous invite à vous tourner vers le livre de Ludovic Castro.

Les âmes du démon.

La série des Shin Megami Tensei trouve ses fondements dans la littérature japonaise, comme souvent dans les jeux édités par Atlus.

Éminemment contemporaine par sa situation chronologique et géographique, Atlus a déjà, dans les années 1990, posé des bases nouvelles à la catégorie des jeux de rôles japonais. 

Par ses thématiques, sa profondeur de propos et ses choix de design, la série plonge le joueur dans un univers fascinant, hypnotique et déstabilisant. 

La difficulté pourra en refroidir certains, mais la série à tendance à offrir de nouvelles possibilités à ceux qui n’auraient pas la patience de maîtriser parfaitement un système de combat intransigeant. 

Avec les choix éthiques qui vont amener le joueur vers une tendance ordre ou chaos, la difficulté qui demande une implication forte afin de maîtriser la fusion des démons et les meilleures combinaisons possibles, un scénario qui ne se lit qu’après avoir au moins une fois fait un tour complet du jeu et des fins multiples en fonction des choix émis tout au long du périple, on ne peut que se poser la question, qui va sûrement porter à débat : à une époque où nous parlons de la Dark Soulisation du jeu vidéo, si Dark souls n’est pas le Shin Megami Tensei de l’action-rpg.

En attendant le cinquième opus et pour préparer le terrain, si vous souhaitez vous lancer dans une réflexion sur la vacuité de l’existence humaine, je vous invite à vous procurer le livre de Ludovic Castro édité chez Third éditions “La Saga Shin Megami Tensei. D’apocalypse en renaissance”. 

Bon jeu, bonne lecture, et bonne réflexion.

Note de Tengu : Cet article est un gloubiboulga d’idées et de concepts autour de la série Shin Megami Tensei, il faut l’admettre j’ai été prétentieux de croire que je pouvais aborder la série en un seul article. Il ne s’agit que de bribes de notion qui sont largement mieux développées dans le livre de Ludovic Castro. J’espère au moins que ces quelques lignes auront piqué votre curiosité et que ça a éveillé en vous l’envie d’en savoir plus sur cette ancienne saga qui s’ouvre enfin, un peu plus, au grand public.

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